Un enfant nous enracine ? Léo et Virginie. Crédit photo: Virginie Dukers

De la Belgique à Brompton : le parcours de Virginie

Quand Virginie parle de son arrivée au Québec, elle évoque d’abord un rêve. « À l’époque, en Europe, beaucoup de jeunes rêvaient de l’Amérique », raconte-t-elle. Dans les années 1990, les images des États-Unis circulent partout à la télévision, nourrissant l’imaginaire d’une génération entière.

À 18 ans, elle prend l’avion seule pour New York. Le choc est réel. Après quelques semaines, elle comprend que cette Amérique-là n’est pas pour elle. Mais l’envie de partir, elle, est bien installée.

Originaire de Belgique, Virginie choisit alors un compromis qui lui ressemble davantage : le Québec.
« C’est l’Amérique, mais en français, avec des valeurs plus proches des miennes », explique-t-elle. En 1995, elle vient y passer un an, simplement pour explorer, pour goûter à la vie d’ici. De retour en Belgique, la décision est prise : elle entame les démarches pour obtenir sa résidence permanente, qu’elle obtient assez facilement – « une autre époque », dit-elle en souriant.

Elle revient ensuite avec l’idée de rester deux ans, puis de continuer à voyager ailleurs. Finalement, ce projet de vie nomade s’est transformé en enracinement durable. Vingt-six ans plus tard, Virginie est toujours au Québec.

26 ans plus tard et toujours au Québec

Elle s’installe d’abord à Montréal, où elle enchaîne différents petits contrats, dans des agences de placement et des organismes communautaires. Puis, un emploi l’amène en Estrie, à East Hereford. Après un passage par Magog et Sherbrooke, elle finit par poser ses valises à Brompton, où elle habite maintenant depuis 14 ans. « Honnêtement, je ne connaissais pas Brompton », avoue-t-elle. À l’époque, elle vit dans le Vieux-Nord de Sherbrooke et cherche une maison à acheter, avec un budget limité. Une occasion se présente à Brompton. Elle a l’impression de s’éloigner de la ville, de partir « loin ». Mais la visite de la maison change tout. Elle décide de s’y installer. « Finalement, c’est un super arrondissement, proche de tout. »

Depuis, elle s’y est profondément enracinée. Brompton, elle l’appelle encore « le village ». Ce qui la séduit, c’est le sentiment de petite communauté, avec son cœur de village, son église, ses repères. Pourtant, son arrivée au Québec n’a pas été sans défis. Elle se souvient de cette première visite au bureau de poste, où on l’accueille avec un chaleureux « qu’est-ce que je peux faire pour toi  ? ». Sur le moment, elle est déstabilisée. « Je me demandais si je connaissais la personne  ! » Avec le temps, elle apprend à aimer cette familiarité, tout en constatant qu’il n’est pas toujours facile de transformer ces premiers contacts chaleureux en relations profondes.

Quand tu arrives d’ailleurs, tu dois te recréer un réseau au complet

Virginie Dukers

Un long processus

Pour elle, ce processus a pris environ cinq ans. Cinq ans avant de se sentir vraiment chez elle : entourée, soutenue, enracinée. Son engagement dans la communauté de Brompton commence par le journal ICI Brompton. À l’origine, elle répond à un appel aux bénévoles pour faire de la relecture. Puis, on lui propose d’écrire des chroniques. De fil en aiguille, elle rejoint le comité de rédaction, qui devient ensuite un conseil d’administration. Aujourd’hui, Virginie en est la présidente. Elle voit le journal comme un outil rassembleur, un moyen de rester informé et de créer du lien dans la communauté. « Le fait qu’il soit distribué directement dans les maisons, ça le rend vraiment accessible à tout le monde. »

Un autre moment clé de son parcours, c’est la naissance de son fils au Québec. « Ça a tout changé », dit-elle simplement. Avant, l’idée de repartir ailleurs, voire de retourner en Belgique, restait possible. Mais avec un enfant, l’ancrage devient évident. Elle ne se voit pas le déraciner. Et avec le temps, cet ancrage se renforce encore : le travail qu’elle aime, la vie qu’elle s’est construite, les racines qui s’étendent.

Une cérémonie très émouvante

Aujourd’hui, Virginie a passé plus de temps au Québec qu’en Belgique. Elle a choisi de prendre la citoyenneté canadienne, à l’issue d’un processus qui l’a marquée, notamment la cérémonie d’assermentation, qu’elle décrit comme très émouvante. « Pour certains, ce n’est pas juste un choix, c’est une question de survie. On sent que c’est l’aboutissement de démarches interminables et l’espoir d’une nouvelle vie. » Elle est consciente de sa chance : elle n’a pas fui un pays en guerre, elle a choisi de partir. Elle mesure aussi ce que l’immigration implique comme renoncements. Sa famille est restée en Belgique.

Ce qui lui a le plus manqué, surtout pendant la petite enfance de son fils, c’est ce soutien familial de proximité, les grands-parents, les cousins, cette présence qu’aucune technologie ne remplace complètement. Même si les contacts sont plus faciles aujourd’hui, ils restent virtuels. Son fils, dont le père est originaire du Sénégal, a néanmoins pu voyager et garder des liens avec ses deux cultures, en allant autant en Belgique qu’au Sénégal. Une façon, pour elle, de tisser des ponts entre les racines et la vie qu’ils ont construite ici.

Le parcours de Virginie raconte finalement une histoire bien connue, mais toujours singulière : celle d’un départ, d’un rêve, de l’adaptation, et d’un enracinement progressif. De la Belgique à Brompton, c’est toute une vie qui s’est redessinée – une vie qu’elle considère aujourd’hui, sans hésiter, comme profondément québécoise.

Chaque parcours d’immigration est unique. Le vôtre aussi.

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icibrompton@gmail.com

Un projet rendu possible grâce au soutien du Ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Gouvernement du Québec et de la Ville de Sherbrooke.

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