
Printemps 2015. Nous roulons sur l’autoroute 20 en revenant de Québec, moi assise sur la banquette arrière, perdue dans mes pensées. Le moral de mes frères et sœurs d’armes ne vole pas haut, tout comme le mien.
Notre groupe de citoyens, Contre la disparition de Brompton, accompagné de quelques élus.es défendant notre cause, venait de prendre une gifle en plein visage lors du dépôt et de la présentation de mémoires à la Commission parlementaire de l’aménagement du territoire à l’Assemblée nationale du Québec. Cela fait 18 mois que l’on mène le combat, soutenus par la population, afin que notre communauté ne perde pas son arrondissement, tel que promis lors de la fusion avec la Ville de Sherbrooke en 2002, et devienne un simple district assimilé dans un autre arrondissement; un projet de réforme lancé par le maire de la ville à cette époque.
À l’évidence, ce projet verrait tristement le jour. La question qui s’imposait alors à mon esprit, écrite en grosses lettres: comment conserver notre identité bromptonvilloise et perpétuer les valeurs de notre communauté tissée serrée? Et boum ! Pourquoi pas un journal communautaire ?
Je m’empressai de partager mon idée à mes amis.es et nous avons planché ensemble sur la première étape, lui trouver un nom, ce qui contribua à nous mettre un peu de baume au cœur.
C’était bien beau, je savais écrire des textes, mais comment on organise et on gère ça, un journal communautaire ? Sans argent qui plus est. Tout d’abord, il fallait créer un OBNL dûment enregistré. Les premiers membres du conseil d’administration provisoire, qui ont cru au projet et ont embarqué dans le bateau, ont contribué de leurs poches en faisant un don afin que cette étape cruciale se réalise.
En mars 2016, le Journal communautaire Ici Brompton prenait vie ! Tout était à faire pour les membres élus.es de ce tout premier CA, qui y ont investi tellement de temps bénévolement. Lisette Lahaie, Jean-Sébastien Roy, Marie-Eve Carrier et Maryse Bergeron, merci ! Aussi, notre conseillère municipale de l’époque, Nicole Bergeron, nous a soutenus dans ce projet.
Pour le montage d’un journal, ça prend un.e infographiste. Un ami m’a parlé d’une certaine Anne-Marie Auclair. Une rencontre et la chimie a passé tout de suite. On travaillait dans ma cuisine, au téléphone, par courriel, par Messenger, alouette ! La facture visuelle du journal que vous voyez encore aujourd’hui, c’est elle ! Elle occupe le poste de coordonnatrice du journal depuis près de 2 ans maintenant et elle y fait un travail formidable, avec son équipe de chroniqueurs et chroniqueuses ainsi que les membres du conseil d’administration actuel.
Au départ, nous avons fonctionné sans aide financière gouvernementale et sans autre ressource que les entreprises de Brompton, qui nous ont fait confiance en se procurant de la publicité, et qui continuent à le faire !
Les premiers numéros du journal ont été publiés en ligne sur une plateforme gratuite, et toute l’équipe travaillait bénévolement, ne l’oublions pas. En septembre 2017, une étape majeure a été franchie en distribuant des copies imprimées dans différents lieux à Brompton où la communauté pouvait se les procurer gratuitement et le peut toujours, d’ailleurs. Par la suite, la distribution postale s’est imposée naturellement, même si elle s’avérait un gros investissement et comportait un risque.
Le dictionnaire Petit Larousse définit le mot épopée ainsi : « Long récit poétique d’aventures héroïques où intervient le merveilleux. » Ce ne fut pas toujours poétique et merveilleux, comme ça se passe souvent dans la vie. Des embûches, des défis, des épreuves, il y en a eu. Et pour avoir tenu le fort et persévéré, ce sont les individus qui, pour moi, sont les héros de cette histoire et non les aventures comme dans la définition, incluant les lecteurs et lectrices bromptonvillois.es, sans qui l’épopée n’aurait pu continuer : le journal appartient à la communauté.
Joyeux 10e anniversaire et longue vie au Journal Ici Brompton !