Je n’ai personne à qui dire que j’ai peur, de Véronique Marcotte

J’ai lu récemment le dernier roman d’Olivier Lussier : Ouananiche, amitiés, deuils et pêche à la mouche. J’ai regretté de ne pas avoir assisté au lancement de ce livre qui s’est tenu à la librairie Les Appalaches; j’en aurais appris davantage sur cet écrivain sherbrookois que je viens de découvrir.

Par Hélène Robert

J’ai choisi de rédiger cette chronique sur un livre qui a été sélectionné parmi les coups de cœur de la Librairie les Deux Sœurs dans le cadre de l’événement « Le 12 août, j’achète un livre québécois », il s’agit du roman Je n’ai personne à qui dire que j’ai peur. Il faut avouer que ce titre est plutôt saisissant et je ne savais pas trop à quoi m’attendre.  

Ce roman raconte deux histoires qui, de prime abord, ne semblent pas avoir de lien. Il y a d’abord l’histoire d’un double meurtre, soit l’assassinat de jumeaux, commis lors d’un pique-nique bien arrosé et que l’enquêtrice Lefèvre et son collègue tenteront tant bien que mal d’élucider. Maigres indices, deux livres sont trouvés : l’un sur les lieux du meurtre (Truismes de Marie Darrieussecq), l’autre (J’en ai jamais parlé à personne de Martine Delvaux) dans la voiture de l’épouse de l’un d’eux. Ce qui met la table sur le sujet de ce roman, soit la violence faite aux femmes. 

Puis il y a l’histoire de Rachel, jeune trentenaire, qui décide de louer une petite cabane dans le bois dans le but de s’isoler et de tenter de réparer son âme et son corps brisés par les agressions, dont un viol à l’âge de 10 ans – et de mettre ainsi fin à un cauchemar entaché d’alcool, de drogue et de sexe, qui dure depuis huit ans. Mais sa solitude sera de courte durée, avec l’arrivée de Jade, l’épouse d’un des jumeaux, en fuite avec son enfant de dix ans, venue chercher refuge dans la cabane. La révélation de lourds secrets, tant du côté de Rachel que de Jade, alimente cette histoire intimiste et tisse petit à petit les liens qui uniront ces deux histoires. C’est écrit avec un tel réalisme, une telle intensité qu’on comprend qu’il s’agit ici d’une autofiction et que tout ce qu’incarne le personnage de Rachel est en fait l’histoire de l’auteure. 

Il y a aussi tout ce qui entoure l’enquête : les questions laissées sans réponse qui alimentent la frustration, la mère qui est introuvable. Et puis, à mesure que les zones d’ombre s’éclaircissent, on voit émerger avec horreur, l’ignoble vérité. Sans vouloir divulgâcher la fin, je peux mentionner que l’auteure s’est inspirée d’un cas qui a fait récemment la manchette dans les médias. 

Dans ce livre, Véronique Marcotte aborde des sujets qui sont tristement d’actualité : les violences envers les femmes. Elle « explore le côté sombre de l’humain dans ce roman féministe sans compromis ». Elle réussit à rendre « ce roman aussi captivant malgré la lourdeur des thèmes évoqués par le savant mélange de suspense et d’autofiction ». J’admire le courage et l’humilité de cette dame.

À propos de l’auteure

Auteure de huit romans, scénariste et ancienne metteuse en scène, Véronique Marcotte partage aujourd’hui son temps entre l’écriture, l’enseignement et l’accompagnement de créateurs. Son roman Je n’ai personne à qui dire que j’ai peur, paru en septembre 2025, a connu un vif succès auprès du public et de la critique, se retrouvant notamment finaliste au Prix du roman policier de Saint-Pacôme et sur la longue liste du prix Janette-Bertrand. Son prochain livre, Le silence n’a pas quitté mes lèvres, paraîtra le 9 février.

Sources : Journal de Montréal, La Presse et Québec-Amérique

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